Dov Zerah et Rabbi Méïr, maître du miracle

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Mon premier contact avec Rabbi Méïr s’est établi à l’occasion des hiloulot, des veillées qui lui étaient consacrées.ITW J FORUM
31 octobre 2013
Rabbi Méïr, maître du miracle

J Forum : Pouvez-vous nous expliquer comment en êtes-vous arrivé à écrire un livre sur Rabbi Méïr, maître du miracle ?

Dov ZERAH : Mon premier contact avec Rabbi Méïr s’est établi à l’occasion des hiloulot, des veillées qui lui étaient consacrées.

Il fallut attendre 1986 et le départ précipité et brutal de mon frère Moïse Alain Bichi, dénommé Bichon, pour que mes perceptions changent. Pour atténuer le chagrin de mes parents, je me mis à la recherche d’arguments et de projets.

C’est alors que je suis tombé sur l’histoire de Rabbi Méïr face à la mort de ses deux fils. Je me raccrochais à cet épisode pour atténuer ma peine, la peine de ma mère et de mon père, puisqu’un grand comme Rabbi Méïr avait vécu un tel drame.

J Forum : Qu’avez-vous fait concrètement ?

DZ : J’allais jusqu’à lancer la famille, les parents, et les amis dans la souscription d’une forêt au nom de mon frère, à Kfar Hittim, au nord de Tibériade, à proximité du tombeau de Rabbi Méïr. La forêt fut inaugurée, en 1987, pour le premier anniversaire de son départ.

Depuis, je me rends régulièrement en pèlerinage simultanément au tombeau de Rabbi Méïr, et devant la stèle commémorative au nom de mon frère qui, en bordure de la forêt, domine le lac du Kinneret, également dénommé lac de Tibériade. Depuis, j’ai cherché à connaître Rabbi Méïr, en lisant tout ce qui se rapportait à lui. A débuté un travail de recherches et de découverte de ce personnage hors du commun, qui m’a conduit… à lui consacrer ce livre !

J Forum : Pouvez-vous nous donner plus de précisions sur l’épisode évoqué relatif à la perte de ses deux fils ?

Dov ZERAH : Un samedi après-midi, alors que Rabbi Méïr dispense à la maison d’études, Beth Hamidrach ses commentaires, ses deux fils décèdent.

Lorsque Brouria, son épouse, a vu ses deux fils sans un souffle de vie, elle accepte le décret divin. Et pour ne pas arrêter la joie du Chabat, elle pose ses deux fils sur un lit et les recouvre d’un drap.

A la sortie de Chabat, à peine arrivé chez lui, Rabbi Méïr demande des nouvelles de ses fils. Brouria ne lui donne aucune information et apporte à son mari la coupe, le vin, la bougie et les clous de girofle nécessaires à la havdala. Lorsque Rabbi Méïr termine les bénédictions, il s’enquiert à nouveau de ses fils.

Retenant sa peine, Brouria ne répond pas et dresse la table pour le Mélavé Malka. Rabbi Méïr mange, et récite les actions de grâce prononcées en fin de repas, la bénédiction du Birkat Amazon, lorsque Brouria lui dit : « Rabbi, maître, j’ai une question à te poser ». Il lui dit alors : « Pose ta question, ma fille ».

Brouria lui dit : « Veille de Chabat, est venu à notre maison un invité étranger, qui a entreposé entre mes mains quelque chose à garder ; maintenant, il revient vers moi et réclame que je lui rende ce qu’il m’avait demandé de garder. Est-ce que je dois lui rendre cet objet ou puis-je le garder par devers moi ? ».

Rabbi Méïr lui répond : « Ma fille celui qui a un objet qu’il a gardé pour son ami, il est évident, bien sûr, qu’il se doit de le rendre à son propriétaire ». Brouria rétorque : « Sans ton avis je ne l’aurais pas rendu ».

Lorsque Brouria finit de prononcer ces paroles, elle fait entrer Rabbi Méïr dans la chambre où les deux fils étaient allongés, et relève le drap. Lorsque Rabbi Méïr voit les corps de ses deux fils, il s’effondre, et pleure à chaudes larmes. Brouria reste calme, imperturbable et lui dit : « Rabbi ne m’as-tu pas dit que l’on doit rendre à son propriétaire ce qu’il nous a confié?

Les paroles de Brouria ont eu l’effet d’une douche froide sur une âme fatiguée. Rabbi Hanina ben Téradion, son père, considère que « par sa sagesse et son intelligence elle a apaisé l’esprit de Rabbi Méïr, et calmé la peine de la perte simultanée de ces deux fils bien aimés. C’est pourquoi il est dit (Les Proverbes, chapitre 31, verset 10) : « Heureux qui a rencontré une femme vaillante ! Elle est infiniment plus précieuse que des perles. ».

J Forum : Comment avez-vous effectué ce travail ?

DZ : au cours des cinq dernières années, j’ai recueilli de très nombreux écrits, et j’en ai fait une sorte de compendium pour découvrir le thaumaturge Rabbi Méïr en rapportant des histoires, des aggadoth, des enseignements, des michnayot, consignés dans le Talmud. Nous allons essayer de comprendre Rabbi Méïr en approchant ses maîtres, et notamment le personnage emblématique d’Elicha ben Avouyah, son beau-père Rabbi Hanina ben Téradion, son épouse Brouria, ses collègues, ses disciples. Au fur et à mesure se préciseront le personnage de Rabbi Méïr, ses attitudes, ses relations avec les autres, ses enseignements…

Ce travail va également permettre de rapporter certains épisodes de l’histoire juive, certaines lois et pratiques juives, et ces grands personnages qui vont sauver le judaïsme, au prix de leur vie, en consignant la loi orale dans le Talmud.

J Forum : Vous étiez en train de terminer ce travail lorsque votre mère a quitté ce monde. Cela a-t-il eu une influence sur votre projet ?

DZ : Ce projet a pris une nouvelle dimension avec le départ de ma mère le 20 av 5773, 27 juillet 2013, au moment où je m’apprêtais à finaliser le texte. Elle avait une profonde vénération pour tous les Sages d’Israël et aurait tant aimé voir le travail fini ! Aussi ce livre lui est-il naturellement dédié. J’ai également tenu à mettre en annexe le discours que j’ai prononcé en son hommage le jour de l’enterrement.

Enfin, bien évidemment, les circonstances ont fait que j’ai pris du retard pour la finalisation du manuscrit, et que le livre sort avec plus d’un mois par rapport à l’échéancier initial.

J Forum : Au cours de ce travail de cinq ans, qu’est-ce qui vous a le plus frappé ?

DZ : Ce qui m’a le plus frappé, c’est que selon David Settbon, dans son livre « Alé Hadas », le point de départ de cette Hiloula remonterait à 5627 (1867), à Tibériade. Les rabbins de la ville décident de faire construire un bâtiment autour de la tombe pour y abriter une école talmudique, une Yéchiva. Le jour de Pessah chéni est choisi pour l’inauguration.

J Forum : Et Rabbi Méïr ?

DZ : Quel destin fantastique que celui de Rabbi Méïr ! Nous ne connaissons ni sa date de naissance (vers 110), ni le lieu de naissance, ni sa date de décès (vers 175). Il n’y a aucune certitude sur son lieu de décès, Assia, et certains doutent de la réalité de son tombeau au sud de Tibériade…et pourtant, il est le seul des grands Sages avec Chimon bar Yohaï, à être autant vénéré, célébré chaque année…De par ces « hilloulot », la notoriété de ces deux maîtres de la Michna et du « Zohar », la Kabbale, est plus importante que celle de Hillel l’Ancien, Chammaï, Yokhanan ben Zakkaï, ou Rabbi Akiva, ou même Rabbi Yéoudah Hanassi…

Ouvert et tolérant à l’égard des autres, y compris des non-Juifs, refusant l’affrontement avec les Romains, Rabbi Méïr place au-dessus de tout l’étude de la Torah. Il est un des architectes de la Michna, où il est nommément désigné 330 fois, sans compter tous les enseignements désignés par l’expression « Aherim », « d’autres », ainsi que tous les enseignements anonymes qui lui sont expressément attribués…

Ce livre va essayer de découvrir le thaumaturge Rabbi Méïr en rapportant des histoires, des « hagadot », et des enseignements, des « michnayot », consignés dans le Talmud. Nous allons essayer de comprendre Rabbi Méïr, en approchant ses maîtres, et notamment le personnage emblématique d’Elicha ben Avouyah, son beau-père Rabbi Hanina ben Téradion, son épouse Brouriah, ses collègues, ses disciples. Au fur et à mesure se précise le personnage de Rabbi Méïr, ses attitudes, ses relations avec les autres, ses enseignements…

Ce travail va également permettre de rapporter certains épisodes de l’histoire juive, certaines lois et pratiques juives, et ces grands personnages qui vont sauver le judaïsme, au prix de leur vie, en consignant la loi orale dans le Talmud.

J Forum : Quel est l’origine du nom de Rabbi Méïr ?

DZ : Au moment où Rabbi Méïr a été circoncis, son père le nomma : « Notre lumière », Néhorai. Après s’être élevé dans la Torah et avoir éclairé les yeux des Sages d’Israël, les maîtres lui ont donné un nouveau nom pour tenir compte de ses capacités particulières et ils l’ont appelé « Méïr» à savoir l’éclaireur. Il faisait briller les yeux des Sages en expliquant la halakha, et qu’il était la lumière, une source intarissable pour sa génération.

J Forum : Pourquoi le Tana Rabbi Méïr est-il surnommé maître du Miracle ?

DZ : Le Talmud de Babylone, Traité Avoda Zara, dans sa page 18a rapporte une hagadah, une histoire. Brouria accepte le décret impérial de mise à mort de son père et sa mère, mais refuse la situation de sa sœur, arrêtée et placée dans un lieu de prostitution. Brouria interpelle Rabbi Méïr et lui demande de la délivrer de ce lieu.

Rabbi Méïr prend un tarkab de dinars, se déguise en cavalier romain et tente de séduire sa belle-sœur. Elle lui répond : « j’ai mes règles ». Rabbi Méïr insiste et rétorque qu’il attendra. Mais elle le repousse en usant de différents arguments. Rabbi Méïr comprend alors qu’elle est restée droite et pure.

Rabbi Méïr s’adresse alors au gardien de l’endroit et lui donne de l’or pour délivrer sa belle-sœur. Le gardien lui rétorque : «Que ferai-je lorsque les pièces d’or auront été utilisées? Comment pourrai-je me faire accepter auprès de mes supérieurs ?»

Rabbi Méïr lui dit alors : «Invoque le Dieu de Rabbi Méïr en disant ‘Dieu de Méïr, réponds-moi’ et tu seras sauvé». Rabbi Méïr arrive à le convaincre en lui faisant la démonstration de la pertinence de ses propos.

Quelques jours après la libération, les faits ont été rapportés aux autorités, et le gardien dénoncé. Condamné à mort par pendaison, le gardien murmure alors : « Dieu de Méïr, réponds-moi » lorsqu’on le place sur la potence. Brutalement, la poutre de la potence tombe et le gardien est sain et sauf.

Les événements apparurent tellement extraordinaires aux yeux des Romains pour qu’ils interrogent le gardien. Il leur raconte l’histoire. Les Romains ont immédiatement lancé des recherches de Rabbi Méïr.

Avec cette histoire et avec un seul miracle, Rabbi Méïr est alors dénommé maître d’un miracle. Il y a une autre histoire rapportée dans le livre avec Yéoudah de Atanot qui pourrait s’apparenter à un miracle. En fait, Rabbi Méïr, par intelligence et obstination modifie un décret divin.

Cela explique que lors des prières du jour de Kippour, les fidèles prononcent plusieurs fois « Dieu de Rabbi Méïr, exauce-nous ! ». Comme pour la hiloula, il convient de noter que dans cette prière « exauce-nous… », seuls deux Sages sont distingués : Rabbi Méïr et Rabbi Chimon bar Yohaï, et aucun autre ! Cela permet de mesurer le souvenir qu’ils ont laissé et qui s’est perpétué à travers les âges.


Dov Zerah

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