Damas et Ankara à couteaux tirés

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Neuf personnes ont été interpellées hier en Turquie après le double attentat qui a fait 46 morts à Reyhanli, ville proche de la Syrie, dont Ankara a attribué la responsabilité au régime de Damas.Au lendemain de cette attaque qui a ravivé les craintes de débordement du conflit syrien, le vice-Premier ministre turc Besir Atalay a annoncé que ces neuf personnes, toutes de nationalité turque, appartenaient à « une organisation terroriste en contact avec les services de renseignements syriens », ajoutant que certaines avaient fait des « aveux ».

Quelques heures après la double explosion, le ministre de l’Intérieur Muammer Güler avait déjà affirmé que les responsables de l’explosion de deux véhicules bourrés d’explosifs devant la mairie et la poste centrale de Reyhanli, une ville de 60 000 habitants où vivent de nombreux réfugiés syriens, étaient « liés à des organisations soutenant le régime syrien et ses services de renseignements ».

Hier, M. Güler s’est refusé à en dire plus sur l’identité des suspects et la nature de leur groupe, mais il a précisé qu’il s’agissait d’activistes « dont on connaît les noms et les activités » et leurs « contacts étroits » avec le régime syrien.

« Nous avons identifié ceux qui étaient les organisateurs, ceux qui ont effectué des reconnaissances, ceux qui ont déposé les véhicules », a-t-il déclaré. M. Güler a indiqué que les explosifs avaient été introduits
« clandestinement » dans la province de Hatay, dont dépend Reyhanli, puis avaient été chargés dans des véhicules turcs, spécialement aménagés avec des caches pour dissimuler cette cargaison.

Il a souligné qu’un des objectifs de l’attaque était de « provoquer des tensions entre les gens qui vivent ici (à Reyhanli) et ceux (les Syriens) qui y sont hébergés comme des invités dans un but humanitaire ».

Et le chef de la diplomatie turque, Ahmet Davutoglu, a imputé, au cours d’une conférence de presse à Berlin avec son homologue allemand Guido Westerwelle, le double attentat à « une ancienne organisation marxiste directement liée au régime » de Damas.

Par ailleurs, M. Davutoglu a reproché à la communauté internationale son « silence » sur le dossier syrien, établissant un lien de causalité entre ce mutisme et « l’attentat barbare » de samedi.

Le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan a lui aussi dénoncé le régime de Damas, estimant que celui-ci tentait « d’entraîner dans un scénario catastrophe » la Turquie, et a appelé la population à « garder son sang-froid face à chaque provocation visant à attirer la Turquie dans le bourbier syrien ».

Plusieurs journaux turcs ont évoqué hier la piste d’un groupuscule clandestin turc de gauche, les Acilciler, dont le chef Mihraç Ural aurait trouvé refuge en Syrie à la fin des années 1970.

Le quotidien Sabah avait rapporté lundi dernier que Mihraç Ural avait participé récemment à des exactions contre la population dans le nord-ouest de la Syrie.

De son côté, Damas a rejeté les accusations turques et a fait porter à M. Erdogan la responsabilité du double attentat.

« La Syrie n’a pas commis et ne commettra jamais un tel acte car nos valeurs ne nous le permettent pas », a déclaré le ministre syrien de l’Information, Omrane al-Zohbi.

« C’est Erdogan qui doit être interrogé sur cet acte (…). Lui et son parti en assument la responsabilité directe », a affirmé M. Zohbi. « Il doit démissionner en tant qu’assassin », a-t-il dit.

Et le ministre syrien s’est interrogé : M. Erdogan « veut-il pousser les États-Unis (à une intervention en Syrie) en lui disant que son pays est attaqué ? », « veut-il faire échouer les efforts entre les Russes et les Américains ? ».

Pour sa part, la Coalition de l’opposition syrienne discutera le 23 mai de la proposition russo-américaine de conférence internationale réunissant régime et opposition pour trouver un règlement politique au conflit, a indiqué hier son porte-parole.

La réunion doit se tenir à Istanbul et durera trois jours.

En outre, l’ancien secrétaire américain à la Défense Robert Gates a estimé qu’un engagement militaire des États-Unis en Syrie serait « une erreur » car son issue est imprévisible.

Enfin, sur le terrain, l’armée syrienne tente depuis samedi de rouvrir une voie d’approvisionnement clé entre les villes de Hama et Alep, prise par les rebelles.

Depuis plusieurs jours, des affrontements secouent cette route liant les deux métropoles, surnommée la route du désert car elle traverse une région désertique.

13-05-2013/ OLJ/Agences Article original

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