Ces djihadistes français sous surveillance

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Terrorisme. Plus d’une centaine combattent en Syrie aux côtés des groupes islamistes sunnites.

L’enlisement du conflit syrien favorise l’expansion de l’islamisme le plus radical. De jeunes Français partent ou veulent partir « faire le djihad ». La police antiterrorisme est en alerte maximaleII se prénomment Romain, ou Jean-Daniel. Tous deux sont des « convertis » à l’islam le plus radical. Le premier, 26 ans, interpellé mardi dans le Calvados, gérait le site web d’ Ansar al-Haqq , carrefour très prisé des islamistes fanatiques français et traduisait les ouvrages d’al-Qaïda. Il a été mis en examen pour « apologie » et « provocation » au terrorisme sur internet.

Des combattants du groupe djihadiste Front al-Nosra. Les jeunes Français qui partent rejoignent les groupes islamistes. Photo AFP – G. Briquet

Le second, 22 ans, natif de Toulouse, est mort début août en Syrie. Son frère aîné, Nicolas, y combattrait toujours. Il avait appelé en juillet François Hollande « à se convertir à l’islam ». « Plus la situation perdure, plus le régime d’Assad reste en place, plus ça fait le jeu des islamistes », affirme le juge antiterroriste Marc Trévidic (1).

Ce ne sont pas – plus – des cas isolés, comme précédemment pour l’Irak ou l’Afghanistan.

Convertis et petits délinquants

Le nombre d’« apprentis djihadistes » recensés dans l’Hexagone par les services de renseignement ne cesse de grandir : les Français seraient aujourd’hui autour de 120 en Syrie (ils étaient 50 pour l’Irak) parmi un millier d’Européens.

Rejoindre la Syrie en transitant par la Turquie, est aussi facile qu’aller en Bosnie en 1993. La tentation est grande de partir « faire le djihad » pour ces jeunes radicalisés. Qui sont-ils ? Beaucoup de convertis, de gamins perdus des cités en rupture familiale ou sociale, souvent passés par la case petite délinquance.

La semaine dernière, dans les Yvelines, quatre suspects, âgés de 23 à 33 ans et appartenant à une cellule islamiste radicale, ont été interpellés. Ils sont soupçonnés du braquage d’un fast-food en vue de financer leur départ pour la Syrie.

La semaine dernière également, au tribunal correctionnel de Paris, comparaissaient huit personnes originaires de la banlieue parisienne pour « association de malfaiteurs en vue de préparer des actes de terrorisme ». Dont Saad R., 24 ans, et Emirhan S., 22 ans, tous deux originaires de Garges-lès-Gonesse, au nord de Paris, où ont été construits les premiers grands ensembles français.

« Sa famille ne veut pas parler », répond une voix masculine lorsqu’on tente de joindre les proches d’Emirhan, considéré comme l’entraîneur sportif du groupe, qui utilisait les parcs de La Courneuve et d’Argenteuil comme camps d’entraînement. Même fin de non-recevoir (« on ne veut pas parler de tout ça, c’est trop douloureux ») avec la famille de Charaf-Din A expulsé du Pakistan alors qu’il cherchait à rallier l’Afghanistan.

« L’affaire de tous »

En France, la surveillance antiterroriste constate que des recrutements à plus grande échelle, favorisés par les ex-filières irakiennes, prennent le pas sur « le nomadisme individuel ». Internet amplifie le phénomène. C’est une bombe à retardement que redoutent les experts du terrorisme lorsque ces djihadistes reviendront sur le sol français. De futurs « Merah » ? Le juge Trévidic tire la sonnette d’alarme avant de « se retrouver devant une commission parlementaire tous les quatre matins comme dans l’affaire Merah ». Il appelle à sortir de l’Omerta des cités, à renforcer les surveillances d’internet : « C’est l’affaire de tous, sinon on va à la catastrophe. »

par Xavier FRÈRE – DNA Article original

(1) Terroristes, les 7 piliers de la déraison (édition J.-C. Lattès)

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