Ce que Sarkozy savait de DSK

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C’est un déjeuner de copains, deux semaines avant le scandale du Sofitel. Bernard Squarcini, le patron du renseignement intérieur, retrouve autour d’une table Julien Dray, le député socialiste de l’Essonne, et Max Torossian, le nouveau chef d’état-major de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI).
“Toto”, comme l’appellent ses amis, est l’homme de confiance de Bernard Squarcini à la DCRI. Mais ce “flic de gauche” est aussi un “pote” de Julien Dray depuis que, dans les années 1980, aux Renseignements généraux de la Préfecture de police de Paris, il avait été chargé de “suivre” SOS-Racisme. “Le bois de Boulogne, on n’est pas derrière ça, glisse Bernard Squarcini dans la conversation : Ce n’est pas mon truc. On ne fera pas une campagne sale. Les services vont la jouer loyale.” La phrase est prononcée l’air de rien, mais résonne presque comme un pacte entre droite et gauche, une offre de paix armée, à la veille de la présidentielle, pour éviter d’ouvrir la boîte de Pandore.

LA “RUMEUR DU BOIS”

Le bois de Boulogne ? Julien Dray voit très bien de quoi parle Bernard Squarcini. Le Monde n’a pas encore raconté que l’Elysée a eu en sa possession une note administrative rédigée par un policier (et depuis passée à la broyeuse) signalant “la présence, en décembre 2006, de M. Strauss-Kahn en fâcheuse posture dans une voiture à l’ouest de Paris”, aux abords d'”un haut lieu de rencontres tarifées”. Claude Guéant, le ministre de l’intérieur, n’a pas encore avoué au Journal du dimanche que, “oui, il a”>Article original entendu parler de cette histoire”. Mais la “rumeur du bois” est parvenue à Julien Dray dès 2007.

Le député de l’Essonne a entendu Nicolas Sarkozy s’offusquer des déballages sur la vie privée, mais sait aussi que l’on ne peut pas faire totalement confiance à la police. Alors, il appelle son ami François Pupponi, le maire de Sarcelles, l’âme damnée de DSK. “Dis à Dominique de faire gaffe. Ils ressortent la vieille affaire du bois de Boulogne.” C’est l’avantage – ou l’inconvénient – de partager ses réseaux : entre la Sarkozie et feu la Strauss-Kahnie, infos et intox circulent à vive allure. Mêmes amis, mêmes restaurants, mêmes villégiatures… En mars, Dominique Strauss-Kahn a donné rendez-vous au Pavillon de la Reine, place des Vosges à Paris, à Alain Bauer.

Il est un intime de trente ans de Stéphane Fouks, le patron d’Euro RSCG. Il a participé, en 2007, à la réunion organisée par l’agence autour de Dominique Strauss-Kahn, avant son départ au Fonds monétaire international (FMI). Puis aux réunions de crise, en 2008, après sa liaison avec l’économiste hongroise, Piroska Nagy.

Alain Bauer est aussi devenu le “Monsieur Sécurité” très écouté du président de la République. Qu’importe. C’est lui que DSK veut interroger sur la fiabilité de son téléphone. “On me dit que les Blackberry ne sont pas sûrs ?” “Pas fiables du tout !, lui confirme Alain Bauer. Si tu veux être en sécurité, tu dois mettre une puce cryptée ici”, explique-t-il en retournant le téléphone du patron du FMI, qui écoute et remercie.

“ACCOMPAGNATRICES” PRÈS DU BAR, ENTRE MIROIRS ET DORURES

Consultations privées, apartés, mélange des genres, en politique, les amitiés recèlent parfois des mystères. Nous sommes cette fois à L’Aventure, un restaurant proche de la place de l’Etoile où régna naguère la chanteuse Dani. DSK et François Pupponi l’ont souvent fréquenté. A l’heure du dîner, s’y croise une clientèle mélangée et parfois interlope. Il y a un peu moins de deux ans, le directeur général de la police nationale, Frédéric Péchenard, ami d’enfance de Nicolas Sarkozy, y fêtait en grande pompe son… anniversaire de mariage.

Bruno Mangel, le patron, est un “très vieil ami” du haut policier, “un type bien” qu’il fréquente depuis des années, explique au Monde le chef de la police française. Comment imaginer que le grand flic et l’homme de la nuit n’évoquent pas ensemble les potins de L’Aventure ? Avant leurs après-midi ou leurs soirées libertines, l’industriel du Nord Fabrice Paszkowski, mis en cause dans l’enquête sur un réseau de proxénétisme hôtelier lillois, dit du “Carlton”, avait en effet l’habitude de retrouver ses “accompagnatrices” près du bar, entre miroirs et dorures, autour d’une coupe ou d’un bon plat. DSK les rejoignait parfois. Quelques-uns de ses écarts de conduite sont désormais consignés dans des procès-verbaux.

A L’Aventure, des élus du 16e arrondissement organisent aussi des soirées UMP pour les militants. Le député Bernard Debré fut de quelques-unes d’entre elles. Lorsque, le 15 mai, quelques heures après l’arrestation de DSK à New York, l’urologue explique brutalement depuis la Chine que l’ancien ministre socialiste est un “délinquant sexuel”, ce n’est pourtant ni au bois de Boulogne ni à L’Aventure qu’il pense. “Deux de mes patients m’avaient raconté à la fin du printemps leurs virées dans un hôtel de Belgique avec DSK, raconte l’élu UMP. ‘Ce n’est pas nous qui payons’, m’avaient-ils précisé. J’étais épouvanté. J’ai déjeuné peu après avec Stéphane Fouks, à la Maison du Danemark, pour le mettre en garde.” Rien ne change, pourtant. DSK continue à se montrer aussi imprudent, recevant en juin à Washington des amis libertins où se mêlent des prostituées comme “Jade”, une mère de famille belge qui arrondit ainsi ses fins de mois.

Pourquoi bousculer ses habitudes, puisque le secret “tient” ? “On parlait souvent de DSK entre nous, avec Bernard Squarcini”>Article original et les autres”, explique un ancien haut responsable policier. Un autre, qui œuvre aujourd’hui pour une société d’intelligence économique : “On savait qu’il y avait des problèmes par le service de protection des hautes personnalités, qui était toujours obligé d’aplanir les soucis.” Le statu quo perdure.

SARKOZY SE LAISSE ALLER DANS LE SECRET DE SON BUREAU

Alors qu’en juillet, tous les socialistes montent au front pour défendre leur champion empêtré dans le scandale du Sofitel, Nicolas Sarkozy, une fois n’est pas coutume, se laisse aller dans le secret de son bureau. Il a face à lui un homme jeune, intelligent, dont il connaît les sympathies pour la gauche. “Alors, vous allez défendre un type qui s’est tapé une soubrette ? La gauche va soutenir un obsédé sexuel ?”, ironise le président. Ni lui ni aucun ministre n’évoqueront pourtant en public les mœurs de Dominique Strauss-Kahn.

C’est le paradoxe de l’histoire. “Le film ce n’est pas : comment on a préservé un secret, mais : comment on a préservé un non-secret”, réfléchit aujourd’hui un proche de Nicolas Sarkozy. Personne ne sait comment – ou quand – la droite aurait pu utiliser la “double vie” de DSK. De quelle manière et à quelle date le scandale du Carlton aurait explosé. A-t-il servi à charge dans celui du Sofitel ? Seule certitude : Nicolas Sarkozy connaissait parfaitement les addictions du responsable socialiste.

“Quand j’ai dit que DSK devrait se faire soigner et apprenne à contrôler ses pulsions, les militants m’ont suivi, mais les dirigeants de l’UMP m’ont engueulé”, se souvient Bernard Debré. Le 10 octobre, jour où Libération et Le Point publient les fameux textos envoyés par Fabrice Paszkowski au patron du FMI pour organiser leurs “soirées”, Renaud Muselier, député UMP des Bouches-du-Rhône, se risque devant le président à une petite blague qui le démange : “Décidément, le PS est aussi pourri au Nord qu’au Sud, à Lille qu’à Marseille !”

Le chef de l’Etat ne pipe mot, décourageant les ardeurs de ceux qui, autour de lui, voudraient renchérir. Devant sa chère Isabelle Balkany, il soupirait depuis longtemps : “Les filles le perdront.” Face à ses interlocuteurs politiques, début 2011, il préférait : “C’est un jouisseur”, “il vit trop”. Ou une boutade : “A côté de lui, j’aurais l’air d’un pasteur méthodiste.” Jamais il ne campait DSK en adversaire. “Sachant ce qu’il savait, Nicolas n’a jamais imaginé qu’il prendrait le risque de se présenter, décrypte un proche. Il n’était pas dans le casting.” Il ne faut pas se méprendre sur le coup de pouce donné par l’Elysée, à l’été 2007, à la candidature de “Dominique” à la présidence du FMI.

SARKOZY NE CROIT PAS À UNE CANDIDATURE DSK

Nicolas Sarkozy a vite compris que le calendrier – la candidature à la primaire socialiste, en juin 2011, la fin du mandat américain, en novembre 2012 – ne serait pas un obstacle à l’ambition du socialiste. Mais il ne croit pas à une candidature DSK. La presse et la justice le rattraperont. Lui préfère jouer au “meilleur DRH de la gauche” et s’offre le plaisir de le pousser à la tête du FMI.

Les deux hommes – ex-députés, avocats d’affaires, venus à la politique sans passer par l’ENA – s’apprécient. Ils se fréquentaient de temps à autre, avec leurs épouses. En 1993, au début de la cohabitation, un premier dîner a eu lieu au Fouquet’s : Anne Sinclair présente le ministre du budget à son mari, qui vient de perdre les législatives. Ils se retrouvent sur l’île de la Jatte, chez Cécilia et Nicolas, ou chez le couple Strauss-Kahn-Sinclair, avenue du Général- Maunoury, dans le 16e arrondissement, ou encore chez Jacques Attali pour une pendaison de crémaillère. Entre eux, une forme d’estime et de connivence sociale.

A son “frère” Brice Hortefeux, Nicolas Sarkozy glisse un jour : “Quand je pense comme on m’a emm… pour mon escalier de Neuilly, je ne sais pas comment lui ferait dans une campagne !” A Alain Minc, quand les préparatifs de la course à l’Elysée du socialiste deviennent patents : “Tu sais bien qu’il ne PEUT pas se présenter…”

Et à l’intéressé, les yeux dans les yeux, un jour que le patron du FMI a fait le voyage de Washington jusqu’à la rue du Faubourg-Saint-Honoré : “Dominique, toi et moi, on ne nous aime pas, on est pareils, on est des métèques, on aime le fric et les femmes, raconte Michel Taubmann, le biographe de DSK. Mais les femmes, aux Etats-Unis, ce n’est pas pareil. Je te préviens, fais attention avec les femmes.”

C’était en mai 2010, à l’époque où le président prédisait à quelques députés : “DSK n’est pas capable de tenir une campagne présidentielle. Devant moi, j’ai Martine Aubry ou Eva Joly.” Il s’était trompé sur l’affiche, pas sur le nom du grand absent. Et n’aurait jamais osé rêver qu’il tombe ainsi, si vite, si loin.

Ariane Chemin

Le Monde.fr

1 COMMENT

  1. Les hommes de pouvoir en France comme dans le reste du monde se plaisent à multiplier les conquêtes sexuelles.Monsieur DSK n’est pas le cas pathologique du siècle.C’est juste un homme dépassé par un train de vie hors norme,qui est tombé dans un piège.Il a été victime des médisances de ses relations c’est à dire du LACHONEARA.
    Monsieur DSK est un grand séducteur et est innocent en ce qui concerne l’affaire de NY;son mode de vie libertine ne regarde que lui,et les femmes qui acceptent de” fréquenter sexuellement”un homme marié sont toutes des prostituées qu’elles soient députées ou dans le bois!
    Il s’agit de sa VIE PRIVÉE.
    La vérité fera surface un jour et nous saurons s’il y a eu COMPLOT.

  2. Rien n’a plus d’importance, DSK devrait etre tres heureux d’avoir ete trahi at crache par la France. Tous les juifs servant la France se font cracher de toute facon, un jour ou l’autre. Alors Mazal Tov Mr DSK si la nouvelle est vraie que vous allez travailler en Israel. Israel a besoin de vous et votre talent y sera apprecie. En plus vous travaillerez pour le bien de VOTRE PEUPLE

  3. Je ne sais qui vous êtes ni quelles sont vos relations avec le journal “Le Monde” ou avec cette journaliste que vous semblez bien connaitre.
    Je m’étonne néanmoins de votre assurance dans vos affirmations, assurance qui frise le commérage: vous ne connaissez de ce dossier que ce que la presse à scandales vous a révélé. Rebondir sur un commérage est à mes yeux équivalent à de la calomnie, et j’avoue qu’à votre place je ne m’en vanterais pas.

    Les réactions hystériques dont vous parlez ne sont que l’expression d’un écœurement face à une presse partiale et à scandale, réaction bien compréhensible dont tout honnête homme devrait tenir compte.
    Pourquoi votre journaliste “hors pair” ne parle t-elle pas des viols à répétition de Kaddafi, ni de la clinique d’avortement qu’il avait dans sa demeure pour effacer toute trace de ses méfaits ?

    Je suis de nature charitable, et par conséquent, je ne vous souhaiterai pas d’être jeté un jour en pâture à la médisance publique, bien que vous le méritiez.

    Permettez moi néanmoins d’ajouter, à l’attention de cette journaliste, qu’il y a des sujets plus intéressants que des histoires du c.. dont tout le monde se moque. Gagner sa vie avec des histoires salaces est lamentable aux yeux des honnêtes gens.

  4. Mieux vaut lire cela que d’être aveugle !
    Je croyais ces réactions hystériques réservées à la presse d’Afrique du Nord et du Moyen-orient.. Pas, en tout cas, au public juif, réputé plus intelligent.
    Ariane Chemin est une grande journaliste et fait honnêtement son travail. Elle enquête sur les déboires d’un homme qui est avant tout un homme politique français, ayant eu des aspirations à la magistrature suprême et croyant faire fi de son comportement plus que problématique pour y parvenir.
    Ceux qui aiment DSK le juif (et c’est leur droit) devraient plutôt le gratifier de conseils médicaux plutôt que lui offrir des soutiens de cet acabit. C’est comme – à l’image de la presse islamofasciste- faire de l’exécution de Ben Laden, un symbole de la “persécution” de l’Islam, plutôt que l’élimination d’un meurtrier fanatique !
    DSK est bel et bien tombé dans un piège, tellement il était facile de l’y amener sans même avoir à le pousser !
    Ce en quoi il a fait la preuve manifeste qu’il n’avait les capacités d’un Président de la République.
    Toute autre considération ne serait que supputation et “complotite” maladive.

  5. ce n’est pas un complot contre dsk,ça ne tient pas debout,par contre quelques imbéciles qui veulent se faire de la monnaie sur le dos de dsk,alors là un grand oui;il y a bcp de zones d’ombre quand on voit ce qui a été filmé au sofitel,2 personnes qui se réjouissent,le timing aberrant,la pseudo victime qui a l’air en pleine forme et comment un petit mr comme dsk peut il maitriser un doker pareil,cette femme est un colosse ,je suis deçu par le manque de gout de dsk,ce n’est sans doute qu’une tentative d’extorsion de fonds

  6. Le complot est entrain de se retourner contre le comploteur antisemite Depuis le debut de l affaire je sait qu il est innocent .J ai l impression que nous avons une nouvelle affaire Dreyfus ou pire l affaire Leo Franck.N ayant put ce debarrasser de lui a NY maintenant il y a l affaire du Carlton.Je suppose que dans 6 mois la verite sortira .J espere que le comploteur finira ses jours au violon.Dany de Carmiel

  7. Quand on aspire à ce poste il faut d’abord se demander si on est en bonne santé.

    En tant que français je pense que nous l’avons échappé belle. Vous imaginez le chef de l’exécutif se précipitant sur n’importe quelle jument pourvu qu’elle porte une jupe?

    En tant que Juif je me réjouis aussi. Car il correspond tellement bien à la caricature de Juif jouisseur.

    In fine c’est un gros porc. Intrisèquement. Et non parce que des courtisanes de la Jet set sur le retour et des fausses vierges en mal de pûb veulent se refaire une respectabilité.

  8. L’auteur de cet article est un employé du journal “Le Monde”, qui est bien connu pour sa tendance à la partialité pro-arabe et anti-Israelienne. Cet article est donc à prendre avec les précautions qui s’imposent.
    D’ailleurs, je n’achète plus ce journal, dégouté que je suis par sa dérive gauchiste, par son injustice et par son inconscience à voir les conséquences qu’à le poison qu’il distille dans la population française.

    N’étant pas au fait des preuves du comportement de DSK, je me considère comme non qualifié pour juger cet homme qui, à mes yeux a droit au bénéfice du doute: ajouter aux rumeurs équivaut à mes yeux à de la calomnie, une forme de faux témoignage, ce qui nous est formellement interdit. Un célèbre chanteur dans une chanson pleine d’humour disait “frappe un homme pendant qu’il est à terre avant qu’il ne se relève” : très peu pour moi.

    Je dirai néanmoins que si un juif avait effectivement eu ce comportement, il porterait la lourde responsabilité d’avoir jeté l’opprobre sur notre communauté dans une époque où elle n’avait vraiment pas besoin de cela.

    Un juif digne de ce nom se doit d’avoir un comportement honorable et, quand c’est possible, vertueux car il représente notre peuple. Aimer dieu ne suffit pas, Il faut aussi s’en montrer digne.

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