Brétigny : interrogations sur l’ampleur des vols après la catastrophe

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Une dizaine de victimes déplore la disparition d’objets personnels. Instructions auraient été données de minimiser ces faits, ce que conteste le parquet.C’est une histoire digne d’Ubu Roi. Dès le jour de l’accident, le syndicat de police Alliance avait fait état de scènes de pillage: un groupe de jeunes «aurait dépouillé les victimes et notamment les premiers cadavres».

Informations démenties par la suite par les autorités. Or, selon plusieurs sources proches du dossier, des vols ont bien eu lieu après le déraillement du train Corail Paris-Limoges du 12 juillet dernier à Brétigny-sur-Orge, et des consignes ont même été données à toutes les forces qui étaient présentes sur place (Samu, pompiers, policiers, etc.) pour taire ou minimiser ces faits.

Il s’agit de vols de téléphones portables, d’iPhone, d’appareils électroniques ou encore de bagages.

Le samedi 28 septembre dernier, lors de la réunion d’information aux vic­times du déraillement organisée par les pouvoirs publics à Paris, plusieurs passagers du train avaient pris la parole pour faire part de vols dont ils avaient été victimes.

Guillaume Pepy, le patron de la SNCF, leur avait alors répondu de faire des déclarations de vol à la compagnie ferroviaire, leur précisant que ces déclarations seraient toutes tenues pour vraies par la SNCF, qui rembourserait chaque victime du montant du préju­dice. Une procédure pour le moins inhabituelle puisqu’en pareil cas, des justificatifs de paiement sont demandés avant tout versement.

«Clairement, je n’ai eu aucune instruction»

Ces vols n’ont pas été commis par les jeunes qui s’étaient livrés à des jets de cailloux sur les sauveteurs et qui avaient dérobé le téléphone portable d’un médecin urgentiste sur la passerelle d’accès à la gare. Ni par ceux qui se trouvaient sur le parking et qui avaient jeté des cailloux en direction des pompiers et des forces de l’ordre.

Ces derniers ont été «délogés rapidement mais n’ont pas fait l’objet d’interpellations, car les forces de l’ordre avaient d’autres choses à faire ce soir-là», confie une source proche de l’enquête.

Ces vols sont le fait de ce que les policiers appellent un «voleur d’opportunité». À partir des bandes vidéo de la gare de Brétigny, les enquêteurs ont pu repérer un ou deux individus sans valise avant le déraillement qui se sont ensuite promenés sur les voies avant de repartir avec une valise.

Contacté par Le Figaro, le procureur de la République d’Évry, Éric Lallement, explique que deux wagons bâchés sont sous scellés depuis le 12 juillet et que personne n’a pu pénétrer à l’intérieur en raison de leur manque de stabilité.

Selon lui, il est possible que des objets présumés «volés» soient en réalité toujours à l’intérieur de ces wagons. La SNCF a d’ailleurs demandé aux juges en charge de l’instruction l’autorisation d’y entrer. À propos des accusations de minimisation de l’ampleur des vols ce soir-là, Éric Lallement répond: «Clairement, je n’ai eu aucune instruction et je n’en ai donné aucune. Je suis formel.»

Le 18 juillet dernier, nos confrères du Point publiaient un document confidentiel de la direction centrale des CRS faisant état de jets de projectiles et de vols sur les victimes du déraillement du train.

Lors d’une conférence de presse donnée le 24 juillet dernier, le procureur d’Évry avait déclaré qu’une veste avec un portefeuille et un chéquier appartenant à une victime ainsi qu’un agenda et une facture d’ordinateur appartenant à une autre victime avaient été retrouvés après la catastrophe à la gare RER du Châtelet.

Aujourd’hui, seules deux personnes ont porté plainte pour vol.

Anne Jouan/ Le figaro.fr Article original

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