Avishai Cohen à Montreux

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«Sur scène, c’est mon corps qui parle»

MUSIQUE — L’Israélien de 43 ans Avishai Cohen est le contrebassiste le plus fou et le plus doué de sa génération. Coup de fil à un virtuose passionnant, avant son concert, ce soir, à Montreux.«Je suis à jamais redevable envers Chick Corea. Il m’a fait confiance à un moment important de ma vie. J’ai l’impression de perpétuer cette tradition avec les musiciens qui me suivent.» Au bout du fil, Avishai Cohen est détendu et profite de quelques jours de calme pour évoquer son parcours, avant de prendre la route des scènes de l’été. A 43 ans, le virtuose de la grosse corde jazz continue à offrir sa vision, hypnotique et physique, de la note bleue. Son dernier album, «Duende», sorti en 2012, a révélé une collaboration d’une finesse folle avec le pianiste Nitay Hersh­kovits. Il est en concert en quartet, ce soir, sur la scène du Jazz Club.Interview.

Qu’évoque pour vous le Montreux Jazz Festival?

C’est un festival particulier, avec une tradition soignée comme rarement ailleurs dans le monde et avec des artistes de légende à son actif. Un festival qui est devenu finalement très pop. Du coup, le label «jazz» n’est plus l’élément principal aujourd’hui, mais, au fond, labelliser quelque chose ne veut plus rien dire en 2013. Les gens viennent dans les festivals pour voir un artiste précis. Je suis certain d’y passer un moment intense. Une belle tradition musicale marquée par des stars comme Prince, que j’adore.

Sauf que le jazz fait son grand retour avec le Jazz Club, où vous jouez ce soir!

(Rire.) Quelle jolie coïncidence!

Vous avez dirigé le Red Sea Jazz Festival d’Eilat, en Israël. Comment avez-vous vécu l’expérience?

Une expérience incroyable, oui. Mais j’ai arrêté pour des raisons d’agenda surchargé. J’ai mené ce festival pendant trois ans, mais j’ai vite compris qu’en voyageant de par le monde pour ma musique, les deux activités n’étaient pas compatibles.

Votre dernier album est moins métissé. Plus on vieillit, moins le besoin de se chercher se fait ressentir?

Mes albums sont l’exacte photographie de ce que je ressens sur le moment. Il n’y a pas de volonté d’évolution précise au fil du temps. Je suis influencé par tellement de choses tout le temps que même les parties de voix, je ne sais jamais à l’avance qu’elles vont se retrouver sur un disque. Je suis tellement de personnes à la fois, c’est ingérable! (Il éclate de rire.)

Vous avez commencé la musique car vous y trouviez la plus belle forme de liberté. C’est encore le cas aujourd’hui?

Plus que jamais! Quand j’ai démarré, je voyais dans la musique une manière de gagner sa propre liberté. Aujourd’hui, en regardant tout ce que j’ai accompli, je peux dire que je l’ai gagnée. Ce qui est encore plus fort comme sentiment.

Et cette liberté ne pouvait se gagner qu’en empoignant une contrebasse?

J’ai commencé par le piano. Après c’était la basse électrique. Et, quand j’ai décidé que j’étais assez mature musicalement, j’ai fait connaissance avec la contrebasse. Spirituellement et physiquement, le lien avec cet instrument a tout de suite été puissant. Notre relation est profondément instinctive, naturelle.

Vous en parlez comme de la femme de votre vie…

C’est vrai que beaucoup de gens ressortent de mes concerts avec cette impression de sensualité affirmée entre la contrebasse et moi. Ils ont raison, je crois. Je suis tellement déconnecté de moi-même quand je joue que je ne réalise pas ce que mes mouvements peuvent dégager. Sur scène, c’est mon corps qui parle. Alors, oui, on peut penser que je fais l’amour à mon instrument, ce qui est vrai! (Rire.)

Votre femme, la vraie, n’est pas jalouse?

(Rire.) Elle comprend ce que je vis, même si elle est parfois jalouse. Non, je rigole. Ma femme fait partie des rares personnes qui comprennent l’importance qu’a la musique pour moi.

Vous avez quitté New York pour Israël. Ce déménagement a-t-il modifié vos influences?

(Il réfléchit.) Évidemment qu’un changement de lieu de vie influence directement ce que tu fais. Mais mes influences changent chaque seconde, peu importe où je me trouve. C’est vrai qu’il suffit parfois d’être loin de chez soi pour être plus inspiré, mais ce n’est pas mon cas. D’abord parce que je suis toujours loin de chez moi! (Rire.) Je suis retourné en Israël pour retrouver ma famille justement. Et j’y suis né. Ça a été un moment très fort de me confronter de nouveau à mes racines.

Fred Valet/ Le Matin.Ch Article original

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