Alep en plein coeur du cyclone

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SYRIE Massacre d’une famille entière à Banias par le régime ; trêve entre Kurdes et jihadistes ; Cameron estime que le conflit est sur une « mauvaise trajectoire ».

La Syrie s’est de nouveau réenflammée hier : des combats et bombardements violents ont touché plusieurs localités, causant la mort de dizaines de personnes.

Dans la province d’Idleb, le centre-ville d’Ariha a ainsi été visé par un bombardement et vingt-trois personnes ont trouvé la mort dans cette attaque qualifiée de « massacre horrible » par un groupe de militants. Les forces du régime se trouvent à la périphérie d’Ariha et maintiennent trois barrages à l’intérieur, tandis que les rebelles ont pris position dans plusieurs parties de la ville et tentent d’en prendre le contrôle, a indiqué l’Observatoire des droits de l’homme (OSDH) qui s’appuie sur un large réseau de militants et de sources médicales et militaires. Dans la province de Hama, le village de Souran, aux mains des rebelles, a aussi été la cible d’un bombardement, causant la mort de sept personnes.

Plusieurs localités dans et autour de la capitale syrienne ont également été concernées par des violences, alors qu’un journaliste de la chaîne de télévision russe pro-Kremlin, Russia Today (RT), a été blessé par un éclat d’obus hier près de Damas, d’après sa rédactrice en chef Margarita Simonian. À Adra, à la périphérie nord-est de Damas, 49 rebelles, le chef des opérations de la garde républicaine et plusieurs de ses hommes ont trouvé la mort dans des affrontements entre les deux camps. Selon l’agence officielle SANA, l’armée a « capturé plusieurs terroristes du Front al-Nosra, dont certains sont étrangers », à l’ouest de Adra, alors qu’ils tentaient de se rendre à la Ghouta orientale, fief rebelle. Au sud de la capitale, à Yarmouk, six personnes ont été tuées dans un bombardement et des affrontements. Des « armes chimiques » auraient même été utilisées dans les bombardements sur cette ville, a affirmé dans un communiqué la Coalition syrienne de l’opposition s’appuyant sur des vidéos postées par des militants. Et dans un village côtier, treize membres d’une même famille, dont six enfants ont été tués par une milice prorégime et leurs corps ont été retrouvés hier dans leur maison de Bayda, près de Banias, a rapporté l’OSDH. « Les miliciens prorégime ont voulu venger leurs morts en tuant cette famille », a précisé Rami Abdel Rahmane, directeur de l’OSDH, rappelant que quatre supplétifs des forces du régime avaient été tués dans la région le même jour.

Rage à Alep

Du côté d’Alep, des combats intenses ont éclaté à l’aube près de l’aéroport international et de la base aérienne de Nairab dont les rebelles tentent de prendre le contrôle, dans l’objectif selon eux d’empêcher le régime de mener des raids aériens. Des accrochages ont également eu lieu dans le quartier de Souleimane al-Halabi, après des combats nocturnes dans l’aéroport militaire de Kwayris, toujours selon l’OSDH. Un an tout juste après le début d’une importante offensive rebelle sur cette ville, les rebelles « ne sont pas parvenus à leur objectif de prendre le contrôle de la capitale commerciale syrienne », soulignait hier le quotidien el-Watan, proche du pouvoir. Dans la province de cette grande ville, à Khan al-Assal, les rebelles ont continué d’avancer sur les positions loyalistes après trois jours de combats et les affrontements ont causé la mort de trois rebelles et trois soldats. Hier donc, plus de 90 personnes ont péri dans les violences, selon le décompte quotidien de l’OSDH, qui estime que plus de 100 000 personnes ont été tuées en 28 mois de guerre en Syrie.

Dans un contexte d’affrontements continus entre Kurdes et rebelles jihadistes, des jihadistes ont relâché à Ras al-Aïn quelque 300 civils kurdes qu’ils avaient capturé en représailles à l’arrestation d’un de leur commandant par des combattants kurdes, et qui avait été relaxé, conduisant ainsi à une sorte de trêve entre les deux groupes. Toutefois, d’autres insurgés islamistes remettent en cause cette version, en assurant que le chef islamiste proche d’el-Qaëda Abou Mousaab a été libéré par la force, sans qu’aucun otage kurde n’ait été élargi en contrepartie. Dans ce lieu de passage stratégique vers la Turquie, pris par les combattants kurdes il y a quelques jours, un mortier tiré par des combattants jihadistes a fait un mort et un blessé.

Toujours du côté de la frontière, l’état-major turc a annoncé hier que l’armée turque a riposté à deux reprises – dans la nuit de vendredi à samedi, faisant cinq blessés parmi les soldats turcs, et dans la nuit de samedi à dimanche – à des tirs de groupes de trafiquants du côté syrien de la frontière entre les deux pays.

Pour Abdelké

Par ailleurs, des proches et amis de l’artiste syrien Youssef Abdelké, connu pour ses peintures et son engagement communiste, ont lancé une campagne en ligne pour réclamer sa libération après son arrestation jeudi par les forces du régime aux abords de Tartous. « Son arrestation peut paraître de moindre importance comparée à la destruction et aux violences sanglantes (qui ravagent la Syrie) mais c’est malgré tout inacceptable », a expliqué Hala al-Abdalla, réalisatrice de cinéma reconnue et épouse de M. Abdelké. Youssef Abdelké, chrétien syrien et responsable au sein du parti de l’action communiste (interdit) est membre du comité de coordination pour le changement national et démocratique (CCCND), opposition syrienne de l’intérieur qui rejette la militarisation de la révolution contre Bachar el-Assad et l’intervention de forces armées étrangères. Quelques heures avant son arrestation, Youssef Abdelké avait signé une pétition rédigée par des intellectuels syriens exprimant leur attachement « aux principes selon lesquels la révolution a débuté en mars 2011 (…) avec pour but la mise en place d’un système politique démocratique et pluraliste » en Syrie.

Président maléfique

Alors que les violences ne faiblissent pas depuis mars 2011, Moscou, une des dernières capitales à soutenir le régime syrien auquel elle vend des armes, s’apprête à recevoir aujourd’hui le vice-Premier ministre syrien Qadri Jamil qui doit s’entretenir avec le ministre des Affaires étrangères Sergei Lavrov.

De son côté, le Premier ministre britannique David Cameron a estimé hier au cours d’une interview avec la BBC que l’évolution de la situation en Syrie est « sur la mauvaise trajectoire. Vous avez un président maléfique qui fait des choses terribles à son peuple. Je pense qu’il est peut-être plus fort qu’il ne l’était il y a quelques mois. Mais je décrirais toujours la situation comme une impasse », a déclaré le chef du gouvernement britannique. Pour autant, la Grande-Bretagne, qui évoque depuis quelques mois la possibilité de fournir des armes à des groupes rebelles qui combattent le président Assad, n’a pas encore décidé si elle le ferait ou pas, a indiqué M. Cameron. Les pays occidentaux qui ont manifesté l’intention d’armer la rébellion, comme la Grande-Bretagne ou la France, sont de fait confrontés au fait que cette rébellion comprend des groupes jihadistes dans les mains desquelles ils ne voudraient pas que ces armes arrivent.

Ces propos interviennent au lendemain des déclarations du nouveau chef de la Coalition nationale de l’opposition syrienne, Ahmad al-Assi, qui cherche actuellement à obtenir des armes pour les rebelles qui combattent les troupes du régime de Bachar el-Assad. « Ma première et principale priorité est d’obtenir le plus tôt possible des armes pour les combattants de l’Armée syrienne libre (ASL) », a-t-il affirmé au journal saoudien Asharq al-Awsat. M. Assi s’exprimait en Arabie saoudite après des entretiens avec le prince héritier Salmane ben Abdelaziz jeudi, avant une tournée qui doit le mener dans plusieurs capitales occidentales la semaine prochaine et au cours de laquelle il sera reçu par le président français François Hollande.

lorientlejour.com Article original

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