Al-Qaïda n’est plus en ligne

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Les services occidentaux sont-ils responsables de la coupure actuelle des forums d’Al-Qaïda ?

Trois des principaux forums d’Al-Qaïda sont hors-ligne depuis une semaine.

C’est la première fois en huit ans d’existence qu’ils disparaissent de la toile aussi longtemps.

Ils pourraient avoir été supprimés par des gouvernements occidentaux, dans le cadre de la lutte contre le terrorisme.
Atlantico : Après les opérations en Irak ou en Afghanistan, les attaques de drone au Pakistan, la fermeture de trois des principaux forums d’Al-Qaïda est-elle révélatrice d’une nouvelle façon pour les États de mener la guerre contre le terrorisme ?

Mathieu Guidère : C’est une adaptation à un nouveau phénomène, l’individualisation du terrorisme, qui se manifeste par Internet.

On a l’impression qu’il s’agit d’une nouvelle guerre, mais c’est seulement une évolution de la bataille déjà engagée.

Ces forums ont déjà été mis hors ligne à plusieurs reprises par les Etats occidentaux, mais c’est un combat sans fin car il leur suffit de changer le serveur pour revenir.

Cette fois, la durée d’indisponibilité des forums est plus longue qu’à l’accoutumée, car les services de sécurité ont identifié l’hébergeur et l’ont mis hors-ligne.

Mais cela ne durera pas.

Concrètement, ce sont les États qui sont derrière ces coupures ?
Comment s’y prennent-ils pour fermer ce type de forums ?

Oui, ce sont des États, bien sûr.

Vous en doutez ?

Mais c’est difficile car la plupart du temps, ces sites sont basés en Asie du Sud-Est ou en Chine.

Ils sont quasiment indétectables par les autorités locales, car ils ne sont pas dans la langue du pays.

Un site en arabe basé en Chine n’est pas inquiété, car il ne s’adresse pas aux Chinois.

C’est très lourd de faire interdire de tels forums, car il faut une décision juridique.

Le temps que les Etats engagent une action et qu’elle aboutisse, la cible a eu largement le temps de changer, d’être dupliquée sur d’autres serveurs, ou d’avoir déjà beaucoup nui.

Le problème de fond, c’est que les législations nationales sont différentes.

La coordination est donc essentielle pour identifier les hébergeurs de ces sites et demander aux pays hébergeurs de procéder à une action.

S’il le veut bien, et ce n’est pas toujours le cas.

Dans ce cas, les Etats sont-ils tentés de mener des cyber-attaques pour gagner du temps ?

Officiellement, cela ne se fait pas, car c’est totalement illégal. Il y a en plus un risque : si vous payez des hackers pour attaquer les serveurs d’un pays étranger, ce dernier peut avoir des doutes sur vos intentions.

Peut-être ne visez-vous pas juste les sites djihadistes, mais des installations plus larges, que vous vous entraînez, que vous testez leur système de réaction.

Utiliser des hackers créerait plus de problèmes que cela n’en résoudrait.

On ne s’attaque pas à une mouche avec un bazooka.

Certains groupes indépendants, comme l’activiste th3j3st3r sur Twitter, revendiquent des attaques, notamment de déni de service, contre de tels forums. Les gouvernement ferment-ils les yeux sur leurs activités ?

Effectivement, il existe un certain nombre de réseaux d’activistes anti-djihadistes qui font cela de leur propre initiative.

Il s’agit de groupes informels de la même nature qu’Anonymous, mais avec une visée anti-djihadiste.

On observe une vraie guerre larvée entre les deux groupes : les militants djihadistes d’un côté, les anti-djihadistes de l’autre.

Ces activistes sont pas inquiétés, car ils ne menacent aucune activité de l’Etat, ne s’attaquent à aucun service gouvernemental ou citoyen.

Ils n’attirent pas l’intention de la police, puisque les attaques n’ont lieu qu’entre djihadistes et non-djihadistes.

Ces sites islamistes posent-ils un réel risque de sécurité ?

Leur contenu est illégal.

On y trouve de la propagande, des notices de fabrication de bombe, des vidéos contraires à la loi, racistes, antisémites, homophobes voire carrément terroristes…

L’objectif des services de sécurité est donc de couper l’accès à ces contenus, pour qu’ils ne soient pas repris car sur Internet, il y a très peu de créateurs de contenu, mais beaucoup de relais.

Le second objectif est d’empêcher la coordination entre les différents groupes. Ces forums servent en effet à coordonner, recruter et radicaliser les individus qui les regardent.

Vous voulez dire que des actions terroristes sont coordonnées de manière publique sur ces forums ?

Pas vraiment.

La coordination, c’est quand il y a tellement de messages consacrés à un pays l’attention des groupes est focalisée sur ces pays.

Par exemple, en octobre 2010, lorsque Ben Laden a adressé un message à la France, il y a eu dès le lendemain une focalisation sur la France des mouvements djihadistes à travers le monde.

Il y a une coordination de fait, avec des djihadistes de tous les pays qui insultaient la France et disaient que les Francelais étaient des cibles légitimes.

Il y a d’ailleurs eu des enlèvements.

Jusqu’en 2010 , on voyait en ligne des cas concrets de préparation d’action contre des cibles précises.

Les services de sécurité ont sévi et les djihadistes se sont rendus compte qu’ils ne pouvaient plus parler de cibles précises. Mais cette coordination concrète a a existé.

Cette fermeture de forums est-elle un coup dur pour Al-Qaïda ?

Pas vraiment, car l’organisation possède plusieurs autres organes de communication.

Mais cela les embête, car derrière ces forums, il y a une base de données de membres.

Il faudra du temps pour que ces membres se retrouvent ailleurs avec la même efficacité.

Ces fermetures de sites retardent et compliquent l’action de ces groupes.

C’est un travail de longue haleine, mais qui est en train d’aboutir.

Aujourd’hui, les résultats ne sont pas éclatants, car la Chine et l’Inde sont moins impliqués dans la lutte contre le terrorisme, puisqu’ils sont moins menacés.

Mais le jour où ils lutteront aussi, les sites n’auront plus nulle part où aller, cela sera une victoire sérieuse contre le djihad.

Propos recueillis par Morgan Bourven / Atlantico.fr Article original

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