Affaire Lee Zeitouni: le CRIF contesté

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J’ai la plus grande amitié et beaucoup de respect pour le président du CRIF Richard Prasquier, qui exerce actuellement ses fonctions dans une période agitée pour la communauté juive et à la veille d’élections présidentielles sous tension. J’évite, en général, dans cette chronique d’entrer dans les polémiques qui secouent parfois les milieux associatifs juifs en France.

Cependant j’avoue, en tant qu’israélien attaché la France, ne pas avoir compris les raisons qui ont poussé le président du CRIF à rendre publique la lettre qu’il a adressé à la famille de Lee Zeitouni, la jeune israélienne tuée en septembre par deux chauffards, ressortissants français.

On peut ne pas partager l’avis de la famille sur la manière d’obtenir que justice soit faite dans cette affaire, qui soulève une grande émotion en Israël. Les proches de la victime ont engagé un avocat en France, bien connu du CRIF puisqu’il en est membre, et c’est à lui de les conseiller et de les orienter dans leurs démarches.

Le rôle du CRIF n’est pas d’interpréter la loi française, ni la loi israélienne d’ailleurs. En revanche, le CRIF a des responsabilités politiques et morales. La lutte de la famille de Lee est un combat pour la morale, parce que chaque jour des gens meurent dans ce type d’homicide. L’absence d’accord d’extradition dans un cas comme celui-ci devient une récompense à la lâcheté et au cynisme, et la dénoncer n’est pas un manque de confiance dans la justice française. Au contraire, c’est justement parce que nous croyons qu’il existe encore en France des gens épris de justice, et notamment parmi les législateurs, que la campagne de la famille Zeitouni pour changer la loi mérite le soutien de l’ensemble de la communauté juive et surtout de ses représentants.

Richard Prasquier nous dit qu’il existe une séparation des pouvoirs en France, pourtant la plupart des lois soumises au parlement sont le fait du gouvernement. Les proches de Lee souhaitaient rencontrer au diner du CRIF des hommes politiques pour les sensibiliser à cette cause. On leur a signifiés qu’ils étaient persona non grata à cet événement. Dont acte.

Mais là où je me sens aujourd’hui profondément blessé et offensé par cette lettre publique c’est lorsque le président de la plus haute instance de la communauté juive nous dit qu’une demande d’extradition de deux délinquants coupables de trois délits passibles d’au moins dix ans de prison, aurait pour conséquence, je cite: « une flambée de l’antisémitisme », parce que nous ne pensons qu’à nous-mêmes et pas aux autres.

Plus de 80 députés israéliens soutiennent la démarche de la famille de Lee, ce qui veut dire que le législateur israélien s’engagerait à extrader des citoyens coupables de tels délits. Et d’ailleurs un juge israélien a décidé il y a quelques semaines d’extrader deux israéliennes condamnées en France pour trafic de drogue, malgré l’absence d’accords d’extradition.

Deux démocraties qui se respectent en tant que telles peuvent changer une loi de manière exécutoire lorsqu’elle est détournée à des fins immorales.

Où est l’antisémitisme dans tout cela?

Personne n’attend de compassion ni de leçons de morale, mais seulement une volonté ferme de justice.

Chronique du 16 février 2012

Kaf Guimel BeChvat 5772

Michaël Bar-Zvi

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